HADISI YANGU

Adriaan Mertens a été Missionnaire d'Afrique. Son premier départ au Congo date du 21 avril 1954. A l'époque Zaventem n'existait pas, on décolait de Melsbroek. Le vol ne durait pas quelques heures, mais 4 jours. Les adieux étaient pleins d'émotion : le partant savait qu'il ne reverrait pas de sitôt parents et amis, car le premier "congé" était programmé après 10 ans. Ensuite, plus rien...

De tout cela, Adriaan Mertens se souvient, comme si cela s'était passé hier, et le raconte avec émotion, mais aussi avec verve et humour, mais surtout avec une affection perceptible et toujours présente pour le Congo et les Congolais qu'il a cotoyés. De nombreuses photos d'époque illustrent son récit.

Aujourd'hui (décembre 2011), Tam-Tam a le plaisir de publier ces "Mémoires d'Adrien".  Les différents chapitres seront publiés au fur et à mesure de leur disponibilité, sous ce post et dans l'ordre logique. Rédigés en néerlandais, le texte a été traduit en français par Monsieur André de Maere d'Artrycke. Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser un commentaire.


 

Souvenirs d'Adriaan Mertens
Traduit du néerlandais par André de Maere d'Artrycke
©
Adriaan Mertens et Tamtam_1310

Chapitre I - Mon premier séjour au Congo
Le voyage - 1er poste : Mungombe (Kamituga) 1954-1959 - Problèmes de santé

 

Pages I.1 à I.18

Nous étions encore en plein dans ces difficiles années d’après-guerre. Les « Golden Sixties » n’avaient pas encore fait leur Photo_1apparition et Melsbroek était encore le principal aéroport de Belgique, l’unique point de départ et d’arrivée de toutes les lignes aériennes internationales qui desservaient notre pays. C’est le 21 avril 1954 , de grand matin, que nous nous sommes tous rendus à Melsbroek dans la grande voiture de notre voisin, Jaak Leppens. Marie et Albert étaient venus en train depuis Deurne, où ils habitaient à cette époque. C’est ainsi que nous nous sommes tous retrouvés devant le hall de départ de l’aéroport. Une « cabane » en comparaison de l’actuel aéroport de Zaventem…

Cet adieu m’a été très pénible, mais je n’en ai rien laissé paraître car cela faisait partie après tout de la vie missionnaire. A cette époque en effet, ce n’était qu’après un terme de 10 ans qu’un missionnaire pouvait rentrer en congé au pays. Après cela il n’était pas prévu d’autres congés. Il y avait donc peu de chances que je puisse encore revoir mes parents et cela me pesait très lourdement sur le coeur.

Nous étions quatre confrères à être désignés pour Bukavu, dans l’Est de l’ex-Congo Belge. Photo_2Un Français et deux autres confrères de mon année ; Henri Farcy, de Bruxelles et Leo Demeyer, d’Anvers. On le voit à côté de moi sur la photo ci-contre. Moins de dix ans plus tard, il allait être cruellement mis à mort lors de la révolte des Mulélistes en 1964. C’était un chic type, excellent footballeur et un ami sincère. Son frère ainé, Piet, était également Père Blanc et missionnaire à Bunia. Il allait lui aussi être tué, comme Leo et durant les mêmes troubles, mais dans un autre poste missionnaire.

L’avion qui nous attendait était un DC 3. D’après les spécialistes, c’était un type d’avions historique des années trente, aux prestations inégalées et dont il existe probablement encore quelques exemplaires aujourd’hui, toujours en état de faire du très bon travail dans les circonstances les plus difficiles. Ci-après la photo de l’avion qui nous transporta jusqu’au Congo.

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Chapitre II - L'Indépendance du Congo

Rapatriement pour raisons médicales - Retour au Congo, 2ème poste : Mingana (1960)

Pages II.1 à II.8

Mon retour en Belgique était donc décidé. Je quittai Kasongo par avion pour Stanleyville (Kisangani), c’était un DC-3, le modèle d’avion utilisé durant ces années-là sur toutes lignes intérieures au Congo. Arrivé à Stanleyville, comme j’avais plusieurs heures devant moi, j’en profitai pour aller à la Procure de la Mission rendre visite au Père Leysen, à cette époque le plus âgé des missionnaires originaires de Hamont. Il me reçut très chaleureusement, me fit visiter la ville et me reconduisit dans la soirée à l’aéroport où m’attendait l’avion qui devait me ramener en Belgique.

Le voyage dura 14 heures et se fit en quadrimoteur DC-4, un avion qui volait beaucoup plus haut et aussi beaucoup plus vite que ces bons vieux DC-3, avec toutefois quelques courtes escales ; à KANO (Nigeria) et à MADRID.

Cette fois ce fut au nouvel aéroport de Zaventem que j’atterris, par un matin glacial du mois de février. Toute la famille s’était déplacée pour venir m’y accueillir. Ce furent de joyeuses retrouvailles, malgré les circonstances et c’est avec notre propre nouvelle voiture, une OPEL-RECORD, que notre Harrie nous ramena à Hamont en passant par Turnhout.

Ce qui me frappa alors c’est que tout me paraissait tellement plus petit et étriqué qu’avant à Hamont, après toutes ces années vécues dans les grands espaces africains. Les rues avaient l’air d’être plus étroites et les distances plus courtes, mais je m’y habituai très rapidement.

Le souci de ma maman était de me faire regagner quelques kilos et elle y parvint très vite … les oeufs au lard à la poêle et du pain noir pour racler la sauce s’avérèrent plus efficaces que les vitamines et autres fortifiants que les médecins m’avaient prescrits !Photo_II_1

Malgré les sombres diagnostics émis à l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers, je fus tout à fait remis sur pieds au bout de quelques mois.

C’est alors toutefois que survint la pire des choses qui pouvaient m’arriver : notre maman atteinte d’une maladie incurable et la douloureuse épreuve de son décès le 2 janvier 1960. Je ne vais pas m’étendre davantage ici à ce propos, ayant déjà abondamment raconté tout cela ailleurs.

Deux mois après la mort de notre maman, en février 1960, je partis pour la deuxième fois au Congo, cette fois depuis Schiphol (Hollande); un voyage organisé spécialement pour les Missionnaires par RAPTIM. Si je me souviens bien, notre avion était un quadrimoteur LANCASTER. Il volait à 800m d’altitude et à une vitesse de 800 km à l’heure. Mia et Harrie me conduisirent à l’aéroport et il doit encore exister quelque part une photo où on me voit monter l’escalier pour entrer dans l’avion.

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Chapitre III - Une époque troublée

Evacuation par l'ONU - Retour au Congo, Kasongo puis Kalole puis Gitega

Pages III.1 à III.7 

Map_1Notre trajet vers Kindu s’effectua donc avec une escorte de véhicules militaires de l’ONU. Jos Van Hees et moi avions pris place à l’arrière d’une Jeep et les six Soeurs dans notre petit bus Volkswagen qui s’embourbait constamment dans cette boue traitresse des pistes de brousse en Afrique, ce fameux POTOPOTO, un agglomérat glissant fait d’argile rouge gluante et de cailloux… un véritable cauchemar pour tous les chauffeurs sur les « autostrades » africaines.

Heureusement que nous étions nombreux pour les aider à s’en sortir, en poussant ou tirant tous ensemble le véhicule embourbé. Nous nous sommes arrêtés en pleine nuit à la Mission protestante de Kama pour y passer la nuit et c’est le lendemain dans l’après-midi que nous sommes finalement arrivés à Kindu, capitale de l’actuelle province du Maniema et située le long du fleuve Congo. Une ligne de chemin de fer relie également Kindu au Katanga.

Les soldats de l’ONU étaient une vingtaine, sous le commandement d’un officier anglais. Ils étaient très corrects et disciplinés et d’ailleurs très sympathiques. On aurait dit une troupe scoute ! Ils parlaient anglais et l’un d’eux me raconta que ses parents avaient une plantation de palmiers en Malaisie, semblable à celles qu’on voyait le long des routes au Congo. Nous étions aussi accompagnés par quelques soldats congolais. Je me souviens qu’ils avaient pitié des Soeurs quand ils les voyaient patauger péniblement dans la boue… « En quoi ont-elles mérité cela ? Elles n’ont fait que du bien ici… », les entendais-je commenter entre eux…

A Kindu nous étions donc relativement en sécurité, nonobstant le fait qu’une délégation de l’ONU y avait été décimée quelques semaines plus tôt par des soldats Congolais, au moment où elle sortait de l’avion. Ces soldats les avaient pris pour des mercenaires à la solde de Mobutu, simplement parce que quelqu’un, qui ne savait pas ce que «ONU» ou «UNO» voulait dire, avait émis cette éventualité.

Nous avons logé à la Mission de Kindu, dans un grand dortoir du collège, où nos confrères de Kasongo, Wamaza, Kibangula et Kipaka étaient arrivés quelques jours plus tôt. Il y manquait seulement mon grand ami Jef Martens. Il s’était rendu dans le Sud du diocèse quelques jours avant l’évacuation pour apporter des provisions à ses confrères et avait été capturé en cours de route par les rebelles et emprisonné. Son odyssée mériterait un livre à elle seule, mais il n’est hélas plus là pour nous la raconter lui-même.

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Chapitre IV -  À Lulingu et ensuite retour à Kalole
Lulingu, Kasongo, Kalole, ...

Pages IV.1 à IV.8

De meilleures nouvelles nous parvinrent enfin de la région de Shabunda. Les rebelles avaient été repoussés et la région libérée grâce aux mercenaires européens commandés par le major Schramme. Les routes ayant été rouvertes au trafic et les ponts «réparés» ; ainsi trois de nos  Missions devenaient à nouveau accessibles : Kigulube, Lulingu et Shabunda, tandis que la région de Kalole restait encore aux mains des rebelles.

Je me portai volontaire pour aller à LULINGU avec Mariano Checco, un jeune confrère italien et Frère Jan Courtin ; Jan avait le don de s’adapter à toutes les situations et l’aide qu’il était toujours prêt à donner, était devenue pour lui un véritable hobby. Quant à Kigulube, cette Mission avait déjà été réoccupée quelques jours plus tôt.

Et c’est ainsi que nous partîmes en deux véhicules par cette route épouvantable duKimbili en direction de Kigulube, située à quelque 200 km de Bukavu. Mr. Willems de la COBELMIN (mines d’étain) et moi dans la VW, Mariano et Jan dans la grande camionnette Ford de la Mission qui avait « l’avantage » de ne rouler qu’en 2ème vitesse, la seule à marcher encore et à pouvoir être utilisée en montagne, sur ces impossibles pistes rocailleuses. Pour démarrer, il fallait évidemment se mettre sur une pente. Partout, tout au long du chemin, on pouvait encore voir les traces laissées par les combats.

Les ponts n’existaient plus. A leur place, des carcasses de véhicules avaient été entassées dans le fleuve etChap IV_1 recouvertes de troncs d’arbres sur lesquels nous devions nous risquer pour atteindre l’autre côté. Les rares villages le long de cette route solitaire étaient détruits et les maisons incendiées. (La photo ci-contre est authentique). On n’y voyait plus âme qui vive. Il y avait seulement ici et là des crânes posés sur des poteaux, vestiges macabres des tueries qui y avaient été perpétrées quelques semaines auparavant.

Parvenus à quelques kilomètres de Kigulube, tard dans la soirée, nous sommes tombés sur un camion en panne qui nous barrait la route, le chauffeur ayant lui, disparu dans la nature… Il fallut nous résoudre à passer la nuit dans la voiture, sous un firmament piqué d’étoiles et baignant dans la clarté laiteuse de la pleine lune. Je dois dire que j’ai tout de même très bien dormi sur le siège arrière de cette Coccinelle. 

Il nous restait encore 175 km à parcourir avant d’arriver à Lulingu. La route étant un peu meilleure, nous y parvînmes le lendemain dans le courant de l’après-midi. Je n’y avais encore jamais été, mais nous y avons été accueillis comme des princes par toute la population qui se pressait le long de la route pour nous souhaiter la bienvenue et nous acclamer avec joie !

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Chapitre V   -   La guerre reprend à nouveau !
Lulingu, Shabunda, Bukavu, retour en Belgique

Pages V.1 à V.7 

Chap V_1J’avais passé la nuit dans le bivouac de cet officier congolais, quand ses soldats entendirent le lendemain matin à la radio que le Colonel Schramme – celui-là même qui avait chassé les rebelles du Maniema – était entré en rébellion contre le gouvernement de Mobutu avec ses mercenaires blancs et ses soldats katangais, qu’ils occupaient Bukavu et Kindu et voulaient séparer toute cette région du Congo.

« Partir d’ici le plus vite possible ! » - c’est la première idée qui me vint alors à l’esprit – et  « filer à Shabunda !», qui était mon port d’attache. Heureusement, les soldats du camp n’y virent pas d’objections et me laissèrent partir avec mon boy, Thomas. Cela faisait plus de 250 km à parcourir. En cours de route je m’arrêtai encore quelques jours à Penekusu où se trouvait mon quartier général et où la menace de troubles n’était pas encore palpable. Mais plus nous nous rapprochions de Shabunda, moins nous apercevions de  gens aux abords de la route, tandis que le nombre de villages vidés de leurs habitants ne cessait d’augmenter.

Thomas lui aussi préféra s’en aller, car il sentait que ça allait mal tourner. Je lui payai son salaire et c’est ainsi que je me retrouvai seul pour parcourir les derniers 100 km jusqu’à Shabunda. Je m’arrêtai en chemin dans une plantation de palmiers dont le gérant européen et un algérien (un médecin, d’après lui), encore sous le coup de la panique, me racontèrent avoir vu que des soldats katangais, sous les ordres d’un mercenaire italien, avaient barricadé un pont sur la route menant à Shabunda et qu’ils tiraient sur tout ce qui bougeait.

Cette plantation se trouvait non loin d’un croisement routier et cela m’offrait donc un choix entre trois alternatives. Ou bien choisir la route menant à Kalima où il y avait aussi un poste de Mission, à 150 km, mais où personne ne me connaissait, je risquais donc d’être pris pour un «mercenaire»  déguisé, ou bien prendre celle qui allait à Lulingu, où j’étais certes bien connu mais comme elle se trouvait à une distance de 140 km, je n’étais pas sûr d’avoir assez d’essence pour y arriver. La troisième alternative était d’essayer d’obtenir des soldats katangais qu’ils me laissent passer et de me rendre à Shabunda, situé à 35 km de là. J’y étais peut-être mieux connu, même si je n’y avais pas séjourné très longtemps.

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Chapitre VI - En guise de conclusion 

Évangélisation et intégration

Pages VI.1 à VI.5

Les « païens » ; c’est ainsi que tous nous les appelions, sans le moindre mépris d’ailleurs, ces indigènes qui restaient attachés à leurs coutumes tribales et ne songeaient pas à devenir chrétiens… Ces derniers représentaient environ 30% de l’ensemble de la population, tout le reste étant donc « païen »… à part peut-être ci et là l’un ou l’autre musulman égaré et plutôt mal vu en raison de son accoutrement inhabituel, son passé suspect lié à l’horrible traite des esclaves que ses coreligionnaires pratiquaient autrefois et aussi parce qu’il venait souvent  d’une autre tribu.  

Chap VI_1
Dimanche des Rameaux à Lulingu

La religion chrétienne n’a, à ma connaissance, jamais créé de discriminations raciales ou tribales… Au contraire : notre message a toujours été que tous les hommes étaient enfants du même Père et donc Frères entre eux. 

Il est vrai qu’il régnait au Congo Belge, comme dans les colonies anglaises, françaises et à un degré moindre portugaises, une sorte de barrière raciale un peu comparable au régime de l’« apartheid » qui sévissait alors en Afrique du Sud, même si elle n’en présentait pas tous les aspects excessifs.

Les Missions n’ont toutefois jamais pratiqué cette politique. Leur premier souci a toujours été de fonder une Église autochtone avec des prêtres et des évêques indigènes et cela a été une belle réussite. Dans nos communautés, les religieux congolais étaient mis sur le même pied que les Missionnaires blancs, avec les mêmes droits et les mêmes obligations.

Les faits sont là et parlent d’eux-mêmes. De nos jours, l’ensemble du clergé congolais est indigène et les Missionnaires étrangers sont l’exception…Le prestige de l’Église est énorme dans tout le Congo et c’est d’ailleurs la seule institution à avoir survécu à tous les périls et aux troubles de l’époque postcoloniale. La seule institution aussi à oser prendre la défense de la grande masse des opprimés et des pauvres. Plus d’un évêque a d’ailleurs payé cet engagement de sa vie.  

Pour nous, tous les hommes étaient égaux et tous nous témoignaient d’ailleurs, même les païens, une égale sympathie. Jamais nous ne demandions à ceux qui sollicitaient notre aide pour l’une ou l’autre raison, s’ils étaient chrétiens ou non.

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