Réalisations et activités en RDC
17 août 2008

Lulingu - Souvenirs de voyage (1)

Lulingu - Souvenirs de voyage (1)
(juillet 2008)

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1. Contexte

Au cours du mois de juillet 2008, une équipe de jeunes de Braine l’Alleud a entrepris un  voyage vers Lulingu, paroisse du Sud-Kivu faisant partie du diocèse de Kasongo. C’est à ce diocèse de Kasongo que notre blog Tam-Tam consacre l’essentiel de ses articles, de ses échos et reportages photos.

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Lulingu - l'entrée du village

Après un premier voyage de reconnaissance effectué en janvier par Alain de Maere et Julien (voir post de l’époque), le but du voyage était cette fois de définir, avec précision et en  accord avec les habitants, les objectifs du jumelage envisagé entre les paroisses Ste-Barbe de Lulingu et St-Etienne de Braine l’Alleud.

C’est à nouveau Alain de Maere, curé-doyen de Braine l’Alleud, qui a mené une petite équipe composée cette fois de Christel, logopède, Stéphane, éducateur, et Jean-François, jeune séminariste. Il faut dire qu’Alain de Maere est un habitué de cette région du Congo où il est très apprécié, d’autant plus qu’il parle maintenant avec aisance un excellent swahili … Jean Badiufa était aussi du voyage : retour au pays après deux années passées en Belgique.

En parallèle et au même moment, une autre équipe belge composée de Guy Bemelmans et Hilario, deux spécialistes de « Energy Assistance » (ONG du groupe Suez-Tractebel) et de Serge Lammens, ancien directeur de société actif dans cette région avant les guerres, partait également à Lulingu pour y faire l’inventaire des moyens à mettre en œuvre pour remettre en état la centrale électrique construite en 1955, au temps de la colonisation belge. Cette possibilité de remise en état avait été identifiée lors du voyage de reconnaissance de janvier dont on a largement parlé dans ce blog. Et « Energy Assistance » avait, sans hésitation, répondu positivement à la demande d’intervention qui lui avait été faite. Il faut espérer que le courant sera bientôt rétabli à Lulingu. Et ce ne serait pas banal car, encore aujourd’hui, 95 % des agglomérations du diocèse de Kasongo (grand comme 2.5 fois la Belgique !) sont plongées dans l’obscurité dès que le soleil se couche, à 18h30 chaque jour de l’année …

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Le soleil se couche sur Lulingu ...

Un compte-rendu de cette mission technique sera prochainement publié dans ce blog. Mais déjà il faut remercier tous ceux qui contribuent à rendre possible ce genre d’interventions humanitaires, toujours effectuées bénévolement par des experts hautement qualifiés. La photo ci-dessous donne un exemple de la mobilisation que ces interventions suscitent : il s’agit ici des 485 participants aux 20 km de Bruxelles 2008, tous faisaient partie du Groupe Suez et tous se sont fait sponsoriser au profit de « Energy Assistance ». La couleur orange se retrouvera, à Lulingu, sur les logos des T-shirt …

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5% des 25.000 participants aux 20 km de Bruxelles 2008
couraient au profit d'Energy Assistance ...

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Avant de parler un peu plus en détail du projet de jumelage, il faut dire deux mots du contexte géographique. Lulingu est situé à environ 150 km à l’ouest de Bukavu. Elle est une des 13 paroisses du diocèse de Kasongo, qui lui-même est grand comme 2,5 fois la Belgique. C'est dire que la paroisse de Lulingu ne couvre pas un territoire comparable à ce que nous connaissons en Europe.

A l'origine, c'était un poste de mission, fondé en septembre 1960 par les Pères Blancs, en plein cœur d’une riche zone minière (cassitérite, coltan, …).

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Les Pères Blancs à Lulingu (probablement Noël 1965)        archives Adrien Mertens

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Cette mission devint le centre d’une vaste aire d’évangélisation. La paroisse couvre en effet 200 x 100 km. Elle est divisée en "communautés de base" – les shirika- qui sont elles-mêmes des centres très dynamiques de catéchèse avec lieu de culte. Lorsque les Pères partaient en tournée pour apporter les sacrements aux habitants des villages de la paroisse, leur absence durait de longues semaines. Suite aux guerres qui ont ensanglanté toute la région, les Pères Blancs furent forcés d'abandonner Lulingu, il y a près de 10 ans. La paroisse est aujourd’hui et depuis 2007, desservie par des prêtres diocésains. Et les déplacements ne sont certainement pas plus faciles qu’il y a 50 ans …

Par voie terrestre, Lulingu est complètement isolée : aucune route praticable aux voitures n’y mène plus depuis longtemps. Elle reste heureusement accessible par avion petit porteur, car elle dispose d’une piste d’aviation, Tshonka, située à 11 km de la localité. Cette piste est maintenue en activité car c’est là que, tous les jours, plusieurs Antonov viennent enlever leur cargaison de minerai … et apportent depuis Bukavu, et à gros prix …, les produits de première nécessité. C’est ainsi que l’essence est actuellement vendue environ 5 euros le litre à Lulingu !

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L'arrivée à Tshonka

devant l'aérogare (?), les sacs de minerais, bien gardés, attendent l'Antonov ...

La population de la paroisse de Lulingu, dans son ensemble, bénéficie peu de l’exploitation des richesses du sous-sol de la région. Les gens vivent (survivent, plutôt …) de façon très précaire. A défaut de routes, aucune activité commerciale valorisante n’est possible, si ce n’est au niveau purement local ; les produits agricoles ne peuvent être exportés, etc., etc. Ce mur auquel se heurtent les bonnes volontés en décourage beaucoup et les amène à tenter leur chance dans la « grande ville », Bukavu où la plupart rejoindront les rangs des sans emploi …

La source essentielle de revenus à Lulingu est de devenir « creuseur » dans les mines où la journée est payée une poignée de francs congolais, c’est-à-dire peu, très peu … Et pour se procurer une main d’œuvre encore moins chère, les recruteurs n’hésitent pas à embaucher des enfants qui quittent alors l’école se privant totalement des maigres chances qu’ils avaient de se préparer un avenir meilleur… Cette anarchie s'explique par la déliquescence de tous les corps de l'Etat : administration, justice, etc... Il y a progrès, mais tout cela est encore loin d'être normalisé.

Et pourtant, au milieu de ce dénuement quasi-total, toute une population, des dizaines de milliers de gens, vivent et surtout espèrent. On le verra sur les photos ramenées par les voyageurs, la joie de vivre est évidente maintenant que la paix est revenue –et c’est vrai que c’était la condition essentielle pour que la situation commence à se rétablir. Et voilà que des européens reviennent : Wazungu wanarudia ! Cela ne s’était plus vu depuis 10 ans …

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Donc, on revêt les habits de fête, on chante, on danse pour accueillir l’étranger en visite. C’est évident sur les photos : c’est une explosion de couleurs magnifiques. On en oublie presque la réalité quotidienne dont témoigne quand même cette image …

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Le transport des fardeaux se fait à "dos de femmes" ...

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Figures de danse rituelle exécutées par les "anciens", les wazee.

Lulingu dépend administrativement de Shabunda dont on a déjà parlé sur ce blog. Ces deux cités sont en Lega_Lukungu_2_4_mio_euros_20_cm_grand_initi__ivoireplein cœur du territoire habité par l’ethnie Lega dont la culture ancestrale fait aujourd’hui l’objet de nombreuses études. L’art lega est maintenant très apprécié dans nos pays occidentaux où les plus belles pièces ont pris une valeur considérable. (le prix record pour un objet Lega : 100 millions d'anciens francs belges pour ce petit masque d'initié Lukungu en ivoire - hauteur 20 cm - XIXè s.)

Le Bwami, société initiatique lega au code moral et social souvent plein de sagesse, est toujours resté actif et très influent. C'est peut-être une des raisons de la cohésion sociale qui a permis à ce peuple de traverser, presque intact, les épreuves qu’il a connues. Au sein de la génération montante, spécialement chez les intellectuels, on perçoit un regain d'intérêt et d'attachement pour cet héritage du passé. Même, une certaine inculturation des Evangiles dans la tradition lega fait aussi l’objet de réflexions, si pas de recherches.

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Prochain 'Post' : Images du séjour à Lulingu

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Soyez_les_bienvenus

A suivre …


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16 août 2008

Lulingu - Souvenirs de voyage (2)

Lulingu - Souvenirs de voyage (2)
(juillet 2008)

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Alain de Maere baptise un vieil homme - environs de Lulingu - juillet 2008

Tiens ma lampe allumée, la flamme est si fragile,
Ce soir je viens mendier, ton pain, ton eau, ton huile.
Tiens ma lampe allumée jusqu'à ton domicile
Toi seul peut me guider

Linda taa zetu, mwangaza ni zaifu
Utupe chakula, maji, mafuta, yako.
Linda taa zetu, mpaka nyumbani mwako.
We peke kiongozi.

Refrain du chant du jumelage
Ntakatifu Barbara - St Etienne

"Tiens ma lampe allumée"
Texte & Musique : Jean-Claude Gianadda
Texte swahili : traduction libre


2. Le Séjour

Il faut espérer que Christel, Stéphane et Jean-François organiseront une soirée pour relater en détail leur voyage car, de leur séjour de trois semaines, ils rapportent plusieurs centaines de photos, des tas de films et, sûrement, encore plus de souvenirs. Mais nous devrons sans doute patienter un peu : tous trois ont des projets plus que prioritaires qui vont bientôt se réaliser ... Christel et Stéphane se marieront le 6 septembre et Jean-François sera ordonné diacre le 27 septembre. Les montages photos et vidéos, ce sera pour après !

En attendant, voici une brève relation de leur séjour à Lulingu.

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Pour 3 des 4 voyageurs belges, c'était une première rencontre avec l'Afrique profonde. Et comme c'est le cas pour la plupart de ceux qui font cette expérience, dès la descente du petit avion d'Air Serv qui les amenait de Bukavu, ils ont été "hyper-impressionnés" et très vite conquis par la chaleur de l'accueil, par la joie spontanée de recevoir de nouveaux amis qui, là-bas, s'exprime si facilement et en couleur par des chants et des danses.

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Christel, Jean de retour au pays, Alain et Jean-François

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Stéphane et Christel

Les 12 kilomètres qui séparent le petit aérodrome de Lulingu-Centre sont franchis sur les motos-taxis, seuls véhicules à moteur disponibles dans la région. Et à peine arrivés, commencent les rencontres qui vont se succéder tout au long du séjour. Sur la photo ci-dessous, les jeunes du Mouvement de Jeunesse Anuarite, mouvement congolais inspiré par le scoutisme.

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Ensuite au fil des jours, ce seront des rencontres avec les mouvements d'action catholiques, les diverses associations de développement, les groupements de Mamans, la Légion de Marie, les associations d'enseignement, etc. Tous ces groupements rivalisent pour offrir à leurs visiteurs d'un jour un accueil le plus mémorable possible.

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Groupement de femmes

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Légion de Marie

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Association de jeunes

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Confréries

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Une foule impressionnante se dirige vers le lieu de rassemblement

Selon un schéma immuable, les réunions débutent par une allocution du responsable.

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L'heure des discours

Après les discours, vient la discussion au cours de laquelle les besoins et les souhaits sont exprimés dans l'optique du partenariat envisagé avec la paroisse St-Etienne de Braine l'Alleud.

Dans la 4ème et dernière partie de ce compte-rendu de voyage, on présentera une synthèse des actions proposées et retenues par les participants pour ce futur jumelage.

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En dehors de ces rencontres quotidiennes avec les acteurs de la vie associative de Lulingu, de nombreux contacts beaucoup plus personnels ont lieu avec la population.

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Christel est particulièrement écoutée

Les temps de délassement sont aussi des moments privilégiés pour les rencontres.

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Ballade à moto et préparation aux Jeux Olympiques ...

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Où est ma caméra ???

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L'accueil réservé aux voyageurs a été particulièrement chaleureux, le programme d'activités était réglé comme du papier à musique. La mobilisation de la population : totale. La logistique : impeccable compte-tenu des conditions locales ... Cette organisation parfaite a été l'oeuvre de beaucoup de gens qui se sont démenés pendant des semaines. Mais, surtout, elle a été le fait de l'abbé Gabriel BONGA, curé de Lulingu, à propos duquel on n'entend que des éloges : charismatique, rassembleur, met les gens en marche,  ... C'est lui, sur la photo ci-dessus, qui marche aux côtés de Jean-François. On ne manquera pas de reprendre ici, prochainement, quelques notes biographiques de ce "prêtre éclairant" qui, on l'espère, viendra en Belgique au début de l'an prochain (janvier 2009).

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Abbé Gabriel BONGA, curé de Lulingu

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On reverra Gabriel Bonga sur quelques photos de la 3ème partie de ce compte-rendu, consacré à l'aspect spirituel du voyage.

Et on terminera cet "épisode" en images "no comment" ... :

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Le personnel de cuisine fait la fête

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Prochain "Post" : vie religieuse à Lulingu

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A SUIVRE ...


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15 août 2008

Lulingu - Souvenirs de voyage (3)

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Lulingu - Souvenirs de voyage (3)
(juillet 2008)

Ce 3ème volet des souvenirs photographiques du séjour à Lulingu de l'équipe de Braine l'Alleud présente en images quelques célébrations religieuses auxquelles les voyageurs ont participé ou assisté. Ici, comme ailleurs, tout est souvent chaleur et couleur ... Les deux premiers volets ont été publiés les 4 et 10 août (voir ci-dessous).

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3. Activités religieuses

Lulingu est privée d'électricité ... mais la lumière y est bien présente !

Lulingu est restée près de 10 ans sans prêtre desservant ... Pendant les années sombres où la guerre causait ses ravages, faisait ses millions de morts, Lulingu était isolée, coupée du monde, oubliée ... Et pourtant, jamais, les chrétiens n'ont baissé les bras : ils sont restés fidèles ; ils ont maintenu la foi vivante ...

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N-D. d'Afrique
sur l'esplanade de l'église de Lulingu,
érigée par les Pères Blancs au début des années 60

Et à peine deux ans après le retour du clergé, l'église s'avère trop petite ... ; on envisage déjà la construction d'un nouvel édifice. Une situation identique se retrouve dans les nombreuses succursales (shirika).

Les photos qui suivent témoignent de cette ferveur. Il est vrai que la présence du Père Alain a encore renforcé l'attrait des célébrations : on cite cet habitant qui a parcouru 85 km à travers forêt et brousse, uniquement pour venir assister à la messe !

Messe en plein air au cours de laquelle seront baptisés
plusieurs dizaines d'adultes et de jeunes gens.

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Au cours de son séjour, le P. Alain aura ainsi la joie de baptiser 180 nouveaux chrétiens. Et de signer autant de certificats de baptêmes ...

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Il aura également présidé au mariage de 5 couples. Voici quelques photos d'un de ces mariages, un peu particulier puisque, d'abord, il a fallu baptiser les fiancés. On souhaite beaucoup de bonheur à ces couples.

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Parents et amis du couple emplissent la petite chapelle de cette shirika proche de Lulingu

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Le jeune couple

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Les baptêmes

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Après l'échange des consentements,
l'étole enroulée autour des mains jointes est le signe que l'Eglise en prend acte

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Danse traditionnelle des parents et amis autour des jeunes mariés


D'autres images montrent, à chaque fois, une Eglise bien vivante, des églises bien remplies :

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Le P. Alain entouré du clergé de Lulingu : l'abbé Gabrien Bonga et ses vicaires,
les abbés Gustave et David

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Les danseuses

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Les Autorités, civiles et militaires, participent à l'office

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L'Abbé Gabriel Bonga

De nombreuses autres photos seront prochainement publiées dans des "diaporamas" de ce blog.

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Et encore quelques photos "no comment" :

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Prochain "Post" : Coutumes locales et
Perspectives pour le jumelage Braine l'Alleud-Lulingu

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A SUIVRE ...


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30 janvier 2008

Wazungu wanarudia !

Wazungu wanarudia !

(Les Blancs reviennent !)

Janvier 2008

C’est par ce cri que trois de nos compatriotes ont été accueillis à Lulingu, à 250 kilomètres au nord de Kasongo, au cœur d’un territoire complètement isolé depuis des années. C’était la 1ère fois depuis 9 ans que le petit avion du P. Denis y atterrissait. Et Lulingu n’est accessible que par avion …

Ce passage par Lulingu fut le point d’orgue d’un séjour qui avait commencé, classiquement, par Kasongo. Cette fois, le P. Alain de Maere avait emmené avec lui Julien Cloots d’Urafiki et son Papa, André de Maere, ancien Administrateur Territorial au Nord Kivu. On devine avec quelle émotion celui-ci a retrouvé le Congo plus de 50 ans après son premier voyage ...

C’est à lui qu’on doit le compte-rendu ci-après :

UNE QUINZAINE MÉMORABLE AU SUD KIVU ET AU MANIEMA

***

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Devant la cathédrale de Bukavu

Alain de MAERE, Curé-Doyen de Braine-l’Alleud, Julien CLOOTS, un jeune ingénieur informaticien et ancien Chef Scout à La Hulpe, Président d’URAFIKI (en français : amitié), une A.S.B.L. s’occupant de projets de développement durable et moi-même, venons de passer un séjour absolument inoubliable entre Noël et le Nouvel-An, dans les provinces du Sud-Kivu et du Maniema, situées dans l’Est de la République Démocratique du Congo.

Inoubliable en effet, en raison de l’accueil que nous y avons reçu et qui devenait encore plus chaleureux et enthousiaste lorsque mes interlocuteurs apprenaient qu’avant l’indépendance, j’avais été Administrateur Territorial dans divers territoires du Nord-Kivu !

Notre voyage avait pour but d’intensifier la coopération entre le Diocèse de Kasongo et Urafiki ainsi que les paroisses Saint-Nicolas de La Hulpe et Saint-Etienne de Braine l’Alleud, surtout dans le domaine de l’enseignement, par le biais de la création de bibliothèques pour les écoles diocésaines de Kasongo, l’envoi de nombreux livres pour la paroisse Sainte-Thérèse de Mingana jumelée avec la paroisse Saint-Nicolas de La Hulpe et du jumelage à venir de la paroisse Ste Barbe de Lulingu avec la paroisse St Etienne de Braine-l’Alleud.

Alain et Julien ont également suivi la progression du mouvement scout lancé en juillet 2007 Kasongo_et_Lulingu_035 par d’anciens Chefs louveteaux et scouts de La Hulpe à Kasongo. Ils y avaient lancés le scoutisme en commençant par des meutes de louveteaux. Ceux-ci nous attendaient au grand complet, à l’entrée de la ville, lors de notre arrivée à Kasongo et nous ont escortés en chantant jusqu’à la Procure du Diocèse ! Ils nous ont impressionnés par leur enthousiasme et leur sérieux. 

les Loups de Kasongo 

Tandis qu’Alain et Julien s’activaient avec les responsables locaux des écoles diocésaines, on me sollicitait de partout pour donner une conférence par-ci, accorder une interview par-là, sur la manière dont fonctionnait ce fameux Service Territorial, qui avait tellement bien administré le Congo jusqu’au 30 juin 1960, qu’il en avait fait une « colonie modèle » !

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André de Maere interviewé par une radio locale

Je me suis prêté de bon cœur à ces sollicitations tout en précisant bien chaque fois que mon exposé, illustré de photos d’époque et suivi d’un DVD, serait court afin que tous ceux qui le souhaitaient, aient la possibilité de poser ensuite toutes les questions qu’ils voulaient, sans le moindre tabou ou la moindre restriction. Et j’ai été servi. Invariablement, mon interpellateur rendait d’abord un vibrant hommage à la Belgique pour avoir réussi ce tour de force de faire passer le Congo, un pays pourtant 80 fois plus grand qu’elle, en si peu de temps, à un stade de développement supérieur à tous les autres pays africains.

Et de rappeler que, du temps des Belges, la population vivait en paix, les voies de communication étaient entretenues et permettaient à tous de circuler et de faire circuler les produits des récoltes et autres marchandises partout en toute sécurité, que l’enseignement et les soins médicaux prodigués jusque dans les coins les plus reculés, étaient gratuits pour tous !

Mais tout aussi invariablement, suivait alors une critique acerbe sur la manière dont les Belges avaient laissé tomber le Congo après lui avoir accordé beaucoup trop tôt une indépendance à laquelle les Congolais n’avaient pas été préparés ! Une indépendance que seule une minorité de meneurs réclamaient à cor et à cri pour pouvoir se livrer sans contrainte au pillage, à leur seul profit, des richesses que les Belges avaient su tirer du pays et dont tous bénéficiaient.

Ce que nous voulions, m’ont-ils dit, c’était nous élever dans la hiérarchie coloniale, devenir administrateur territorial, officier, magistrat, agronome, médecin, vétérinaire, directeur de société et au lieu de cela, vous nous avez « balancé l’indépendance » et vous êtes partis !

Et d’attribuer à ce manque de préparation à se gouverner eux-mêmes, la cause de tous leurs maux, les millions de morts de toutes ces guerres civiles et autres rébellions toujours vivaces et l’incapacité de leur peuple à sortir de l’abîme !

C’était évidemment un peu court comme raisonnement et je n’ai pas manqué de leur dire qu’il me rappelait furieusement les reproches que certains enfants trop gâtés au cours de leur adolescence font, après avoir réalisé où cela les avait menés, à leurs parents. Coupables selon eux, de leur avoir donné beaucoup trop tôt la liberté de faire tout ce qu’ils voulaient.

Je leur ai dit aussi que si nous avons donné la préférence à un enseignement destiné à la masse de la population et non réservé à une élite, c’était dans le but de donner des chances égales à tous et de faire progresser l’ensemble des Congolais, pas à pas, étape après étape, du degré primaire au degré secondaire et ensuite au degré universitaire, deux superbes établissements, Lovanium et Elisabethville ayant d’ailleurs délivré leurs premiers diplômes universitaires à la veille de l’indépendance.

Mais j’ai bien dû reconnaître que nous avons été pris de court et que si nous avions su former aussi des élites, comme le faisait l’Eglise qui dès ses débuts avait eu la sagesse de laisser accéder des africains au sacerdoce, les choses auraient pu évoluer beaucoup plus sereinement.

En conclusion, leur ai-je dit, les Belges ont certes été d’excellents « gestionnaires » (bruyantes approbations) mais n’ont sans doute pas été assez « visionnaires » (applaudissements) ! Les réunions se terminaient tard et se poursuivaient encore par des conversations en « aparté » au cours desquelles les Congolais me disaient leur espoir de voir les Belges revenir pour que tout « redevienne comme avant » !

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Tout au long du chemin, la population se presse pour nous accueillir

Notre mission se terminait à Lulingu, une région entièrement enclavée qu’on ne peut atteindre que par avion et où on ne peut circuler qu’à pied, à moto ou à vélo. A notre descente d’avion, nous avons été accueillis au bord de la piste tracée en pleine forêt vierge par des centaines de mamas agitant des palmes, des fleurs, dansant et chantant à tue-tête !

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Alleluia des femmes de Lulingu

En guise de cadeau de bienvenue : des fruits, des poulets, des canards et même une chèvre! Tout au long des 10 kms qui nous séparaient de l’endroit où nous allions loger, les villageois avaient érigé des arcs de triomphe, les habitants sortaient à notre rencontre avec des cris de joie et des acclamations où revenait ce leitmotiv lancé à pleine voix : « Wazungu wanarudia ! » (Les Blancs reviennent !). Juchés à l’arrière sur les petites motos chinoises qui zigzaguaient d’une ornière à l’autre pour éviter les trous, il fallait bien s’accrocher pour répondre dignement d’un bras puis de l’autre aux vivats qui fusaient de partout !

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les motos-taxis

De retour à Bukavu, nous avons encore été interviewés tous les trois par la Télé locale, ravie de l’aubaine de pouvoir présenter à ses téléspectateurs trois Belges, dont l’un (Julien) venait pour la 1ère fois au Congo, l’autre (Alain) y venant régulièrement chaque année et moi, qui y avais vécu avant l’indépendance et qui y avais été administrateur territorial ! 

André de Maere
Administrateur de Territoire Honoraire
Janvier 2008

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Visite dans la famille de l'Abbé  Justin Sekatera
(à droite), ancien vicaire à La Hulpe

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Beauté et repos à la Procure de Kasongo à Bukavu


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03 août 2007

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PROJET AFRIQUE 2007

(implantation du scoutisme à Kasongo)

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Ce projet deviendra probablement un tout grand succès à l'actif des cadres de l'Unité scoute de La Hulpe. L'idée était de créer, avec les moyens disponibles sur place, une meute de louveteaux et de former des cadres à son animation avec comme objectif : la durée. Toutes les activités sur place avaient été minutieusement et longuement préparées en tenant compte des contraintes locales : Kasongo est une ville inaccessible par la route, sans électricité, sans eau courante, où les seuls véhicules privés sont des vélos.

S5000617_r Transport quotidien du combustible de cuisine S5000621_r

Selon nos normes, le "confort" y est inexistant. Pour toutes ces raisons, la visite d'un groupe de jeunes européens, qui ne soient ni missionnaires, ni membres de la Monuc ou d'une ONG, était une 1ère ; depuis plusieurs dizaines d'années sans doute. C'est un signe de véritable changement.

En tout cas, pour les enfants c'était bien un moment exceptionnel et leur réponse au projet a été à la hauteur : au lieu d'une, ce sont trois meutes qui ont rassemblé plus de 150 louveteaux... Une trentaine de jeunes cadres très motivés ont bénéficié des conseils des jeunes experts de chez nous et ce sont eux qui assureront la pérennité du projet et l'étendront dans les villages en dehors de Kasongo.

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En partant au Congo, les jeunes de l'Unité scoute de La Hulpe répondaient à une invitation de l'évêque du lieu, Mgr Kaboy, qui montre un évident souci d'ouvrir la jeunesse de son diocèse au monde dont elle a été complètement coupée depuis des décennies.

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Mgr Kaboy prononce l'allocution de bienvenue aux JDJ 2007

Pour sa réalisation et sa réussite, le projet a largement bénéficié du support humain et logistique de l'Eglise catholique. Depuis vingt ans, celle-ci a réussi, quasi seule, à maintenir en place l'infrastructure essentielle alors même que la région était ravagée par les guerres et que l'Etat entrait dans son processus de "déliquescence", abandonnant, l'une après l'autre, toutes ses prérogatives et tous ses devoirs. A Kasongo, cette prise en charge sous l'égide de l'Eglise est d'autant plus remarquable que 70% de la population est de confession musulmane. Aujourd'hui, tous, musulmans, chrétiens et non-croyants contribuent, en bonne entente, à pallier aux carences de l'Etat et participent au lent relèvement du pays. Cette bonne entente se constate très régulièrement, mais de façon marquée lors des célébrations religieuses dans la cathédrale, lorsque les responsables de la mosquée et de la communauté musulmane sont non seulement présents mais y prennent volontiers la parole...

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Les dignitaires de la communauté musulmane

Pour la réussite de leur projet, les jeunes du groupe "Projet Afrique 2007" ont aussi largement bénéficié de l'amitié, de la présence, de l'expérience et de l'enthousiasme de l'Abbé Alain de Maere. En étant à son Xème voyage à Kasongo, ce dernier fait, là bas, partie de la famille ...

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Première série de photos ramenées du Congo :

(cliquer pour agrandir)

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Enfants rencontrés sur les chemins de Kasongo ... bientôt louveteaux ?

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1ère leçon pour la future meute : le salut louveteau

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2ème leçon : le rassemblement

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Deux meutes mixtes sont constituées ; les chefs sont désignés ; la centaine de foulards aux couleurs de l'Unité de La Hulpe ont été distribués, mais une cinquantaine d'enfants restent en "liste d'attente" ...

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Pas de problème ... avec l'étoffe disponible ce jour-là au marché, un magnifique nouveau foulard original est créé de quoi équiper une 3ème meute

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Cours théorique par Fabrice dans la salle de classe

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B.A. du jour : participer à l'approvisionnement en eau

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Le "château d'eau"

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Faire partie d'une équipe, même si on ne s'était jamais vus

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s'occuper de tous ...

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Lorsque tombe le soir, les animateurs se déchaînent ...

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devant une foule de spectateurs un rien ébahis par toutes ces nouveautés ...

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Photo ratée ou réussie ? à agrandir

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Le "prompteur" local

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N'empêche, tous s'en souviendront ...

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Le défilé dans la ville

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La beauté des jardins africains

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Le taxi-brousse du P. Denis

et un peu de No comment :

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A suivre ...

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